mercredi 1 août 2012

Du fromage au nez, histoires d'O

Interview d'Isabelle Doyen, nez pour les parfums Yannick Goutal. Elle enseigne également l'art de l'olfaction à l'Institut Supérieur International du Parfum, de la Cosmétique et de l'Aromatique alimentaire.


De prime abord, cela sent quoi l'Emmental Grand Cru ?

Une odeur très charnelle, corporelle, doucereuse et fade. C'est une odeur que j'appellerais d'entre orteils proprets, une odeur de peau après le bain, qui a surchauffé et qui est moite, l'odeur de l'aine après la douche.

Que vous évoque l'odeur de l'Emmental Grand Cru ?

L'odeur typique du crémier, du lait froid mais également fermenté, pas désagréable du tout. J'y retrouve également une dimension "matin d'hiver" quand on sort à l'extérieur, on éprouve une sensation laiteuse, un peu ozonique.

A la loupe olfactive, rentrons dans le détail ....

Il y a une odeur animale mais délicate, que sentent certains muscs de synthèse ; également, un aspect fruité qu'on décrit en parfumerie comme butyrique et qui se traduit par une odeur douce-aigrelette, de pêche fermentée. A l'opposé, se développent des senteurs de pêche verte de de noix de coco qui s'expliquent par les lactones, molécules présentes dans ces fruits et le lait. Enfin, se dégage une odeur très fraîche de bois de cèdre et de santal coupé depuis peu.

Si vous deviez recréer les flagrances de l'Emmental Grand Cru ?

Je tournerais autour de l'idée du charnel, je prendrais toutes sortes de lactones, un musc de synthèse, une note santal naturelle, je mettrais quelques notes vertes et fades que l'on trouve dans la rose, et un peu de castoréum pour la note douce animale.

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