jeudi 2 août 2012

Sous les caresses, la pâte ...

Interview de Daniel Jasiak, couturier. Les Ateliers Saint-Albin.


Comment décririez-vous au toucher la texture de l'Emmental Grand Cru ?

C'est une matière très sensuelle, très douce et souple, absolument pas agressive, comme une gomme, une peau imberbe. Au toucher, ce qui m'intéresse, c'est son caractère vivant et évolutif, modulable et modifiable. A la chaleur de la main, le gras exsude, comme un liant satiné, un film, un glaçage. Ce fromage me fait penser à la peau et à ces matériaux bioniques ultramodernes qui cherchent justement à reproduire les tissus humains.

Vous avez dessiné et cousu une robe en patchwork de viande pour l'artiste Jana Sterbak ; quel vêtement pourrait vous inspirer l'Emmental Grand Cru ?

En tant que créateur, j'aime les volumes, les matières légères m'ennuient, ce fromage dense présente de la matière inspirante.
Comme je trouve sa matière très protectrice, j'imaginerais soit une tenue de confort, "cocon" pour la maison, soit un vêtement "social" que les gens viendraient croquer à même la personne. Ce serait sûrement une robe, modulable au fil des envies et de la journée. Selon l'humeur, on ferait sa finition sur la personne, en chambre chaude ou froide, soit pour la fondre et la mouler sur le corps, soit pour l'assécher, la rendre plus "appêtée".

Comment la bâtiriez-vous, cette robe ? 

Je prendrais la meule entière et la trancherais dans son diamètre en lamelles que j'essaierais de faire plier et passer par les trous ; cela s'appelle l'envie de déconstruire la meule. Et puis il y a tous ces trous comme des accrocs qui habillent-déshabillent et laisseraient deviner la peau d'une épaule. Ils m'évoquent la sensualité et précisément une scène du film La leçon de piano, quand Harvey Keitel met le doigt dans l'accroc du bas d'Holly Hunter pour toucher sa peau.

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